
Guy Schibler a été cinéaste, puis professeur de philosophie et de cinéma, avant de se consacrer entièrement à la photographie. Dans ce domaine, son intérêt va tout naturellement vers les interfaces photographie-cinéma et photographie-philosophie. Son travail se décline en séries :
15, chemin de Roches
CH - 1208 Genève
Tél. : +4122.735.11.83
Mob. : +4176.416.11.83
Né en 1950
Photographe
Vit et travaille à Genève


Fenêtre sur pluie
Ma rue par temps de pluie. L’équipement est simple (un appareil compact, des jumelles de théâtre placées devant l’objectif). A ma fenêtre, je suis voyeur. La saisie est furtive, souvent maladroite. C’est ce qui donne aux photos leur tension. Mais je dois beaucoup trier, éliminer, garder uniquement les images qui, par effet de focalisation, permettent à de petits mondes de surgir, de s’extraire du réel. A des histoires de s’inventer. De ce dispositif, je n’aurais sans doute jamais eu l’idée sans l’influence des deux grands maîtres du point de vue que sont Caillebotte (et ses plongées sur parapluies) et bien sûr Hitchcock (Fenêtre sur cour).
[Galerie Focale, Nyon, 2007, 29 photos]

Altitudes de la mer
J’ai souhaité montrer la puissance symbolique de la permutation mer-ciel. Ce basculement épouse la pensée de Nietzsche, qui, dans son Zarathoustra, propose constamment une inversion des repères du haut et du bas, de l’élevé et du profond :
- D’où viennent les plus hautes montagnes ? ai-je demandé jadis. Alors j’ai appris qu’elles venaient de la mer. […] C’est du plus bas que le plus haut doit atteindre son sommet.
- O ciel au-dessus de moi, ciel pur, ciel profond ! abîme de lumière ! […] Me jeter dans ta hauteur – c’est là ma profondeur !
- Le sommet et l’abîme sont confondus.
[5e Rencontres Photographiques du Genevois, Saint-Julien (F), 2007, 10 photos]

Perforations, I à VI
Novembre. Lors d’une promenade en forêt, j’ai trouvé par terre une bande de pellicule vierge, abandonnée depuis longtemps sans doute, rongée par l’humidité et marquée par la boue.
Je l’ai lavée, séchée, découpée, scannée, pour obtenir finalement six images.
La photographie dans son plus simple appareil : la nature.
[Galerie Focale, Nyon, 2008, 6 photos]

Arrête ton cinéma !
Une vieille cassette VHS de la Femme des Sables. Je vais photographier l’écran, et là, happer ce qui survit du film de Teshigahara. Exhiber la basse définition, le support magnétique. Révéler les joues zébrées, les mains striées, belles comme la pluie blanche qui dit l’usure des films anciens.
L’image-mouvement est image-perception ou image-action ou image-affection, disait Deleuze. Je vais photographier la troisième, là où se dit la puissance d’un visage. Insister sur le gros plan d’une émotion, d’une expression, d’une convulsion. Dévoiler la jouissance dans le noir tout noir et le blanc tout blanc.
[6e Rencontres Photographiques du Genevois, Saint-Julien (F), 2008, 20 photos]

La danse serpentine
« Danse serpentine » : ce film de 1896 explose de vie. De folles couleurs, appliquées au pochoir par les ouvrières des usines Lumière, renforcent cette impression. Pourtant, image après image, cette exubérance rencontre ses ennemies : les traces du temps, les rayures de la pellicule, les brûlures. Comment restituer l’énergie érotique de la danseuse - et la corruption de cette énergie par le temps ? Peut-être en figeant les images. Le corps et ses vêtements deviennent, selon le regard que l’on voudra adopter, soit des fleurs ressurgies du passé, soit des « origines du monde » avec leurs plis et replis. Des natures mortes pleines de vie ou des natures vives pleines de mort.
[Galerie Focale, Nyon, 2009, 9 photos]

Jeu, Mabuse
Je suis parti du film de Fritz Lang, Dr. Mabuse le Joueur (1922), oeuvre muette avec intertitres, transformés ici en sous-titres. Le travail consiste en une association de soixante-trois de ceux-ci avec des photographies du « Quartier des banques » à Genève (situé entre la place Neuve et le Rhône). Pourquoi cet endroit ? A cause de ses liens avec au moins deux thèmes majeurs du film (la finance et le spectacle comme terrains de jeu). Ce quartier, lieu de tant de transactions mystérieuses, est aussi un véritable décor.
[7e Rencontres Photographiques du Genevois, Saint-Julien (F), 2009, 63 photos]



Abribus
L’attente dans le froid de l’hiver. Les éclats de la nuit. Un monde de reflets. Elle, en retrait derrière les vitres. Se sait observée. Ne peut saisir que l’absence. Tourne son regard vers le dedans.
[Galerie Focale, Nyon, 2010, 9 photos]
Le petit pan de mur jaune
Sainte-Sophie, lieu cliché, format carte postale, cadrage frontal. Mais le temps reste gris et l’église-mosquée est à demi cachée par un bâtiment lourd d’une étrange beauté qui fait penser par sa forme aux maisons que dessinent les petits enfants. Et puis, bien sûr, il y a un « petit pan de mur jaune »…
[Galerie de la Ferme de la Chapelle, Lancy/Genève, 2010]
50 X 15
Rendre par la photographie (avec ses moyens propres) un hommage à la tapisserie. Donner aux images une texture et par là une orientation, un sens.
[Galerie Halle Nord, Genève, 2010]