Onglets principaux
Démarche artistique
Une grande partie de mon travail s’ancre dans les textes mythologiques, en particulier grecs, que je réinterprète à travers une perspective contemporaine. Ces récits, loin d’être figés dans un passé lointain, restent actifs dans l’inconscient collectif. Ils m’offrent un cadre narratif pour interroger les tensions de notre époque, entre mémoire, identité, pouvoir et disparition.
Un axe central de ma recherche est la représentation des figures féminines dans ces mythes. Je m’intéresse à la manière dont les femmes ont été façonnées par le témoignage mythologique. Elles sont héroïnes invisibles, victimes sublimes ou figures silencieuses du sacrifice. Ces figures, je les réactive autrement. Ariane, par exemple, devient la femme qui porte en elle le labyrinthe, ligotée par le fil qu’elle déroule pour sauver son homme. Ou Eurydice, au moment même où elle exige d’être vue telle qu’elle est, perd son droit d’exister. Cassandre, condamnée à ne jamais être crue, incarne la parole niée, l’intuition marginalisée. Elle évoque toutes celles dont les alertes restent inaudibles – aujourd’hui comme hier. Vénus, quant à elle, sert de surface de projection pour des fantasmes et des désirs. Elle incarne la tension entre idéalisation et effacement.
Je sonde aussi des archétypes masculins, notamment Icare. Ce personnage m’intéresse comme incarnation d’un élan démesuré, d’un désir de dépassement. Icare est une figure métaphorique de notre époque, où la fascination pour la technologie et l’innovation masque souvent les risques systémiques.
J’ai récemment intégré la figure de Diane, déesse de la chasse et de l’autonomie. Dans une série réalisée sur d’anciens tiroirs de meubles, j’explore notre rapport à la nature et au pouvoir du regard. Des collages de bois de chevreuil dorés à la feuille d’or véritable viennent activer la matière – entre sacré, fragment et trophée inversé.
D’autres projets, comme Cartes nautiques, brodent littéralement des mythes submergés, faits divers noyés ou destins invisibles sur des cartes marines.
Mes œuvres prennent souvent la forme de séries – polyptyques à l’huile sur toile ou techniques mixtes – qui permettent de fragmenter, déplier, rejouer le récit.
Un autre axe de mon travail évoque la nature humaine face à la victoire et au pouvoir. Dans Nature humaine une série triptyque huile sur toile, la victoire est représentée comme une toile d’araignée – à la fois trampoline et piège.
Dans Hégémonie, j’explore les conflits contemporains à travers des figures d’anges vengeurs ou de victimes, dessinées sur les pages découpées d’un livre sur la guerre punique. Je cherche à créer un choc temporel, où les tragédies antiques et actuelles se superposent.
Enfin, je m’interroge sur la mémoire collective à travers des séries liées à des lieux et à des temps spécifiques. Stalinallee et East Berlin Ghost Story revisitent les années 1990 à Berlin Est, entre euphorie post-chute du Mur et malaise identitaire. Je travaille à partir de sérigraphies d’architectures, de pastel gras, de dessins et de collages, pour convoquer les fantômes d’une époque encore proche.
Mais je m’intéresse aussi à des aspects plus intimes, à travers des portraits, en particulier de femmes, où les états d’âme prennent corps (Mains de la mère). Le visage, les mains, le geste y deviennent porteurs de souvenirs émotionnels.
Ma pratique cherche à rendre visible ce qui échappe : les récits oubliés, les mémoires invisibles, les lignes de faille entre passé et présent, mythe et quotidien.