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FAIRE PLACE
25300 La Cluse-Et-Mijoux
Art en Chapelles - 6e biennale d’art contemporain
FAIRE PLACE
Je fais partie de ces personnes qui ne fréquentent pas ou plus les lieux de culte au quotidien mais qui, en voyage ou en promenade, entrent presque systématiquement dans ceux qu’elles croisent. Peut-être parce que ces lieux offrent encore la possibilité d’une expérience devenue rare : celle qui déplace notre manière d’être au monde. Comme devant certains paysages ou certaines œuvres, quelque chose de l’attention se transforme. Dans un quotidien saturé de représentations, certains espaces continuent de nous ramener à l’expérience elle-même. Ils exigent autre chose qu’un regard : une qualité de présence.
C’est l’une des dimensions qui traverse le travail de Pauline Cordier depuis que je l’ai rencontré, il y a plus de dix ans, alors toutes deux étudiantes en arts visuels à Genève. Ses sculptures et installations ne cherchent pas tant à produire des images qu’à déplacer notre rapport à l’espace, à la matière et au temps. Une œuvre n’y apparaît jamais seule : elle existe dans les relations qu’elle entretient avec le lieu qui l’accueille, la lumière qui la traverse et les corps qui l’approchent.
À la chapelle Saint-Claude de Mijoux, construite en 1705 par et pour les habitantes et habitants du hameau des Gagelin, l’artiste s’est intéressée à ce que les dimensions du lieu racontent de la communauté qui l’a bâti. Comme tout espace de culte, la chapelle est proportionnée au nombre de personnes qu’elle pouvait accueillir et à l’espace nécessaire aux gestes de la prière.
Cette mesure constitue le point de départ de Faire Place. Les bancs sont retirés. À leur place : un bloc et vingt-six bougeoirs en acier poli miroir. Les dimensions du bloc — 1,5 m² au sol — reprennent la surface nécessaire à un corps en prière ; le nombre de bougeoirs correspond à la capacité d’accueil estimée du lieu : vingt-six présences possibles.
Les surfaces réfléchissantes fragmentent les reflets et dispersent la lumière. L’œuvre agit moins comme un objet que comme un dispositif d’attention. Alors que le cube déforme les codes de l’art minimal, les bougeoirs prolongent un geste issu du répertoire rituel du sacré et déjà inscrit dans l’histoire de la chapelle.
Faire Place propose ainsi de considérer la mesure non comme une donnée architecturale mais comme une manière de penser ce qui rassemble : un espace partagé, une expérience commune, la possibilité d’être ensemble.
Anaïs Wenger